Démarche

La peinture vient de si loin qu’il n’est pas aisé « d’expliquer ».

Je peins d’abord pour me faire plaisir, sans me satisfaire d’une image bien faite…La beauté ? Elle s’impose ou n’est pas !
Peindre, c’est ma façon à moi de dire ma joie, mon inquiétude ou ma colère… Mes doutes aussi !
Mes doutes sur la vie, l’évolution de la société, la mort, l’au-delà, s’il existe.
Pour moi, une peinture n’a d’intérêt que si elle parvient, en faisant appel à votre imaginaire, à provoquer émotion ou interrogation.
A la frontière du figuratif et de l’abstrait, je refuse aussi bien de tourner le dos à la « représentation » que de plonger dans « l’abstraction totale », qui limite la communication avec les autres : « Une toile ne vit que par celui qui la regarde » disait Picasso.
Certes, je pars souvent d’une idée, d’un texte ou d’un évènement, mais la « toile » rapidement prend le dessus : travail de la matière, accidents de parcours, chevauchement des couleurs…Mon pinceau se laisse guider par les formes et les traces que je recouvre, amplifie ou contrarie.
C’est une aventure permanente, le fruit du hasard et de l’esprit…Et l’oeuvre surgit soudain, et avec elle, une immense émotion.

 Jean-Pierre Lucas

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Une abstraction habitée…

Jean-Pierre Lucas nous propose une abstraction ouverte, propice à une seconde lecture. Chaque œuvre a son histoire.
A l’atelier, son esprit vagabonde. Il est pris dans un étau entre l’envie de peindre et les idées confuses de ce qu’il veut exprimer.
Pour Jean-Pierre, il est nécessaire que les moments importants-comme ses rencontres- fassent partie des émotions profondes de son concept-peinture. Il n’est pas rare qu’un titre révèle les traces d’un souvenir ou d’un vécu qui ont accroché fortement sa sensibilité.
Au moment de passer à l’acte, son engagement est total. Il embarque alors dans son aventure tout ce qu’il ressent : c’est ce qui fait l’authenticité et la sincérité de son travail.
Il sait se mettre en porte-à-faux dans ses choix et ses moyens d’expressions. Il prend du plaisir à coller des matières, des reliefs, un peu pour affirmer l’existence du tableau, lui apporter une présence, une signification mentale.
Les teintes utilisées sont soigneusement travaillées. Elles empruntent beaucoup aux teintes naturelles : les écrus, les pierres, les sables, le liège, le calcaire, les bruns et les terres –terre d’ombre, terre brulée, terre de sienne – les ocres et parfois un bleu, peut-être celui de sa Bretagne.
Les compositions trouvent leur équilibre par une dernière touche d’une couleur moyenne, jaune, orange, rouge, ou par un élément-matière inattendu.
Cette rencontre existentielle d’une vraie peinture et de l’homme, Jean-Pierre Lucas, sont du vrai bonheur

Michel Savattier – peintre –
Président de la section « abstraction » du salon d’automne.